Comment savoir si les frais d'hébergement doivent être pris en charge par la famille ou par le Service national de santé, et comment demander le remboursement des sommes indûment versées.

De nombreuses familles confrontées à l'admission en maison de retraite médicalisée (RSA) d'un parent ou d'un proche atteint de la maladie d'Alzheimer, d'une pathologie neurologique grave ou se trouvant dans un état végétatif se retrouvent à payer des frais de séjour très élevés, souvent sans savoir que, dans de nombreux cas, la loi prévoit que ces frais soient entièrement pris en charge par le Service national de santé (SSN).

Deux arrêts récents – l’un de la Cour de cassation et l’autre de la Cour d’appel de Brescia, tous deux rendus en 2026 – ont mieux précisé dans quels cas ce droit s’applique et ouvrent la voie à des demandes de remboursement des sommes déjà versées à tort.

Frais de séjour en RSA : qui paie, et pourquoi ce n’est pas toujours la famille

La loi distingue deux types de prestations proposées par les RSA :

  • les prestations de santé à forte composante médicale : lorsque les soins médicaux constituent la partie prépondérante et ne peuvent être dissociés de l’aide à la vie quotidienne ;
  • les prestations de « soins de longue durée » : destinées aux personnes âgées ou dépendantes souffrant de maladies chroniques, pour lesquelles l’aspect d’aide à la vie quotidienne (hygiène, repas, surveillance) prédomine.

Cette distinction, prévue par l’article 3, alinéa 3, du décret du Président du Conseil des ministres du 14 février 2001, est déterminante : lorsque la composante sanitaire prédomine et est indissociable de la composante d’aide à la personne, l’intégralité du coût de l’hospitalisation doit être prise en charge par le SSN. En revanche, lorsque l’aide de longue durée prédomine, les frais de séjour sont répartis entre le SSN, la commune et l’usager (en règle générale avec une part sanitaire et une part sociale distinctes).

Le tournant de la Cour de cassation : pas d’automatismes

Par l’ordonnance n° 16601 du 27 mai 2026, la Cour de cassation a établi un principe important : le critère de la participation aux frais de séjour ne peut être appliqué automatiquement à tout placement en maison de retraite médicalisée (RSA).

Dans l’affaire examinée, concernant un patient en état végétatif permanent souffrant d’une encéphalopathie post-anoxique grave, les juges ont reconnu que les prestations reçues étaient des prestations socio-sanitaires à forte composante sanitaire, et donc entièrement à la charge du SSN. Lorsque les soins de santé et l’assistance sont si étroitement liés qu’ils ne peuvent être dissociés, et que la composante thérapeutique est prépondérante, aucune part des frais de séjour ne peut être exigée du patient, de sa famille ou de la commune.

L'arrêt de Brescia : attention, même la gratuité n'est pas automatique

La Cour d'appel de Brescia, dans un arrêt rendu en juillet 2026, a apporté une précision importante : tout placement en maison de retraite médicalisée (RSA) pour la maladie d'Alzheimer n'est pas automatiquement gratuit.

La gratuité s'applique aux prestations à forte composante médicale. Pour les soins de longue durée liés à des maladies chroniques dégénératives, la règle de la participation aux frais reste en revanche applicable. Pour déterminer dans quelle catégorie s'inscrit un cas particulier, les juges s'appuient sur des éléments concrets : le plan de soins, l'intensité des interventions sanitaires et leur finalité, qu'elle soit thérapeutique ou purement d'assistance.

Quand les frais de séjour sont entièrement pris en charge par le SSN

Sur la base de la jurisprudence la plus récente, la gratuité intégrale a été reconnue, par exemple, dans les cas suivants :

  • la maladie d’Alzheimer à un stade avancé, avec perte totale d’autonomie et nécessité d’une surveillance médicale continue ;
  • un état végétatif permanent ou de graves pathologies neurologiques dégénératives, nécessitant des interventions médicales, infirmières et de rééducation constantes.

Dans ces situations, la composante sanitaire englobe la composante d’aide à la personne : l’établissement d’hébergement pour personnes âgées (RSA) ne peut donc pas demander à la famille de payer la part « d’hébergement » ou sociale des frais de séjour.

Quand, en revanche, la redevance reste en partie à la charge de la famille

La participation financière reste en revanche applicable lorsque l'admission répond principalement à des besoins de soins de longue durée, sans parcours de soins ou de rééducation intensif. Relèvent de ce domaine, par exemple, les situations dans lesquelles l'assistance est axée sur :

  • l'hygiène personnelle et les soins de la personne ;
  • l'aide à l'alimentation ;
  • la prévention des escarres ;
  • la surveillance et l’aide au simple maintien des fonctions vitales.

Dans ces cas, on ne peut pas affirmer, de manière générale, que « tout placement en maison de retraite médicalisée est gratuit » : une évaluation technique de la situation spécifique du patient est toujours nécessaire.

Frais déjà payés : un remboursement peut être demandé

Lorsque les conditions légales sont réunies pour que l’intégralité du coût de l’admission soit prise en charge par le SSN, les clauses du contrat d’admission qui imposent néanmoins à la famille le paiement de prestations de nature sanitaire sont nulles, car contraires aux règles impératives.

Les sommes déjà versées dans ces cas peuvent faire l’objet d’une demande de remboursement par le biais d’une action en restitution de l’indû (art. 2033 du Code civil), dans le délai de prescription normal qui court à compter de chaque paiement effectué.

l’établissement d’hébergement pour personnes âgées (RSA) et Alzheimer : quand l’admission peut être gratuite